Volume 6, numéro 4 : enseignement et formation à distance, un champ qui se
structure
Distances et savoirs est de plus en plus régulièrement sollicité
par des chercheurs et experts de l’enseignement à distance qui nous
proposent d’accueillir un projet thématique. Parallèlement, les propositions
d’article qui nous parviennent en dehors des appels ciblés recèlent, elles
aussi, des cohérences de plus en plus sensibles à la fois dans les pratiques
étudiées et dans les réflexions qu’elles suscitent. Le présent numéro en
fait foi. Tout en offrant la diversité habituelle des numéros généralistes,
il témoigne de convergences qui sont trop significatives pour être
fortuites.
Faut-il en conclure que D&S contribue efficacement à structurer le champ
? Répondre positivement à cette question serait faire preuve d’une assurance
excessive. Disons plus modestement que notre revue donne de la lisibilité à
certaines lignes de force. Peut-être, ce faisant, les encourage-t-elle,
vérifiant la pertinence de la stratégie des petits pas qu’avec les autres
acteurs du secteur, en France et à l’étranger, nous avons engagée au service
de la professionnalisation de l’enseignement à distance, pour sa
reconnaissance institutionnelle et sa plus grande efficacité sur le terrain.
Cela ne signifie pas que la partie est gagnée. Loin de là ! Simplement, dans
un champ si touffu, si durement bousculé par les mutations sociales, si
profondément modifié par les systèmes d’information et de communication, D&S
constitue avec d’autres revues un poste privilégié d’observation et
d’analyse des mouvements de fond, ruptures et continuités, c’est-à-dire de
cette histoire de longue durée dans laquelle prennent naturellement place
tous les phénomènes sociaux et culturels. Ainsi, alors qu’avec ce numéro
nous achevons notre sixième volume, l’évolution de notre objet se fait-elle
plus intelligible aujourd’hui qu’au moment du lancement de D&S.
Nous l’avons souvent évoqué précédemment, notre domaine est le lieu de
rencontre des multiples disciplines qui le constituent : éducation,
information et communication, économie, informatique, sociologie, sciences
du langage, de l’ingénieur, etc. Cette pluridisciplinarité ressort aussi de
la « thésographie » que, désormais, nous proposons à la fin de chaque
volume. Les pratiques de formation à distance sont également marquées par
les disciplines dont elles sous-tendent l’enseignement, ainsi que par les
contextes dans lesquels cette formation est pratiquée – formation initiale,
continue, tout au long de la vie – et les environnements politiques,
sociaux, culturels, géopolitiques, qui en déterminent la mise en œuvre et
l’organisation. Ce sont autant de paramètres à prendre en compte et autant
de stimulants pour les chercheurs relevant de toutes ces disciplines, dont
notre revue aide à mettre en perspective les contributions.
Ajoutons au passage que D&S ne serait pas à la hauteur de ses ambitions
scientifiques si elle ne faisait que recevoir et publier les propositions
d’article que les auteurs lui adressent. Notre revue est également
construite par les regards croisés qui nous viennent des experts et
relecteurs de domaines variés, sans lesquels elle ne saurait remplir sa
mission d’aide, de soutien, de diffusion des auteurs qui s’adressent à elle.
Venons-en donc à ceux du présent numéro, beaucoup plus nombreux qu’il n’y
paraît… Une lecture hypertextuelle montrerait qu’il s’agit en effet d’un
numéro foisonnant, nourri par les paradoxes et enrichi des multiples
croisements que suscitent des interrogations différentes sur des objets
assez proches les uns des autres.
Deux paires québécoises, Frédérique Wion et Pierre Gagné d’une part,
Bastien Sasseville et Magalie Morel d’autre part, s’attachent au même objet,
chacune de leur côté : l’encadrement ; Laurent Petit explore les
imbrications de stratégies révélées dans les écrans où s’affichent les
ressources de l’Université En Ligne (UEL) ; Yves Ardourel s’attaque à
l’apparente contradiction qui affecte le recours à l’enseignement à distance
pour lutter contre l’illettrisme ; Claude Lishou évoque l’utilité de la
démultiplication massive d’un cours par la web-TV , à l’heure où les
technologies permettent individualisation et personnalisation exacerbées.
Puis Daniel Peraya propose sa lecture d’un ouvrage, lui-même aux paroles
multiples, dirigé par Jacques Wallet et Jacques Guidon. Jacques Rodet,
interrogé par Geneviève Jacquinot au sujet de la naissance de la revue
Tutorales, évoque des continuités collaboratives permettant aux tuteurs
à
distance de partager leurs expériences, à distance. Et, réalisant une
prouesse qui mérite d’être saluée, Elisabeth Fichez et Paul Kawachi (1)
analysent et synthétisent les 42 articles du site
http://www.distanceetdroitaleducation.org.
Effets gigognes, complémentarités et filiations de l’un à l’autre de ces
textes, mais aussi réalités attestées tournant autour des notions
d’accompagnement et de besoins des apprenants. Ceux-ci sont perçus comme des
individus aux motivations singulières, et ce dont nous parlent les auteurs
québécois F. Wion et P. Gagné, vise plutôt méthode et théorie, tandis que B.
Sasseville et M. Morel se situent davantage du point de vue du sujet. À
propos de l’illettrisme, Y. Ardourel souligne la nécessité « d’une approche
personnalisée pour des raisons cognitives et pédagogiques » et il considère
que « les dispositifs de FOAD peuvent gérer cette différenciation entre les
personnes par la modularité des contenus, la fonction tutoriale, la
définition de profils apprenants ».
Quels sont les apprenants visés par les concepteurs de l’UEL ? En
étudiant les pages écrans elles-mêmes, L. Petit discerne l’imbrication de
stratégies individualistes – à l’intention d’étudiants que les concepteurs «
connaissent » par habitude des amphis et travaux dirigés en présence – et
les démarches de diffusion plus large, de forme plus industrielle, en
direction d’apprenants moins concrets.
Les ressources en ligne, la spécificité des publics, l’accompagnement,
les stratégies politiques, les TIC ont aussi été l’objet des textes soumis
aux six revues ayant collaboré les unes avec les autres sur le thème du «
droit à l’éducation ». Créer et rassembler des références en ligne, dans la
langue que leurs auteurs ont choisi d’utiliser, l’anglais pour la plupart
mais aussi le français et l’espagnol : tel était l’un des objectifs du
projet porté par ces revues (2). Elisabeth Fichez a choisi
d’analyser les textes en langue française selon cinq thèmes : développement
personnel, social, professionnel, institutionnel ; enseignement à distance
et TIC : technologie, acculturation, méthodologie ; ressources ouvertes,
normes et standards ; enseignement à distance dans des conditions ou pour
des publics spécifiques ; situation de l’enseignement à distance selon les
aires géopolitiques et dans le contexte de la globalisation. Parallèlement,
Paul Kawachi applique une « méta-analyse » à l’ensemble des 29 textes en
langue anglaise qu’il étudie, à l’issue de laquelle il formule trois
préconisations :
- 1. développer des ressources éducatives gratuites et d’accès libre
dans la langue maternelle de chaque étudiant, incluant des contenus
créés par les étudiants dans les radios et télévisions locales ;
- 2. externaliser les examens vers des agences régionales accréditées
supra-institutionnelles ;
- 3. recourir à l’encadrement par les pairs pour organiser
l’apprentissage collaboratif en tant que dispositif fondamental pour les
cours à distance visant le développement de l’esprit critique pour la
mobilité professionnelle et le capital social.
Quelle que soit la place des technologies, la relation humaine et le
développement de la personne restent bien au cœur des dispositifs. Ce que
suggère G. Jacquinot, avec sa treizième et dernière question à J. Rodet : «
Qu’est-ce que vous voudriez ajouter que l’on n’a jamais osé dire… sur le
tutorat à distance ? »
Avant de refermer ce sixième volume, nous souhaitons remercier :
Jacques Audran, Nicolas Balacheff , Georges-Louis Baron, Bernard Blandin,
Jean-René Bourrel, Eric Bruillard, Alain Chaptal, Hugues Choplin, Monique
Commandré, Bruno Delièvre, Chantal D’Halluin, Christian Depover, Elisabeth
Fichez, Hélène Godinet, Viviane Glikmann, Patrick Guillemet, France Henri,
Thomas Hülsmann, Geneviève Jacquinot, Alain Jaillet, Marie-Noëlle Lamy,
Dominique Liautard, Claude Lishou, Pierre-Jean Loiret, Pascal Marquet,
Jacques Naymark, Roxana Ologeanu-Taddei, François Orivel, Alain Payeur,
Laurent Petit, Daniel Peraya, Jacques Simonian, Alan Tait, Françoise
Thibault, Turid Trebbi, Gaëtan Tremblay, Renata Varga, Jacques Wallet…
Sans eux, nous n’aurions pu, en effet, réaliser les quatre numéros de ce
volume. Ces numéros ont bénéficié de leurs contributions à un titre ou à un
autre. Il nous faut aussi mentionner les échanges soutenus, amicaux et
professionnels que nous avons avec les auteurs, avec les membres du comité
éditorial et avec d’autres experts sollicités de façon ponctuelle. Tous se
sont montrés disponibles et ouverts au projet de la revue, attentifs à son
périmètre et à ses ambitions. Certains ont en outre contribué aux
évaluations des textes soumis à l’Atelier de recherche du réseau européen
EDEN, qui s’est tenu en octobre 2008 à l’Unesco, dont le thème reprenait
pour partie celui de la collaboration internationale évoquée précédemment
que D&S a pilotée, associant les six revues sur l’enseignement à distance.
Avec le septième volume, Distances et savoirs atteindra l’âge de
raison. La revue a sept ans en 2009. Certes, ce n’est pas encore l’âge
adulte et, au regard de notre champ plus que centenaire, c’est fort peu !
Toutefois, cette expérience, ces collaborations avec les collègues du comité
éditorial et en dehors de lui, cette reconnaissance acquise petit à petit
sont encourageantes et nous permettent dès à présent de porter un regard
plus averti sur notre domaine, de nous inscrire dans les perspectives qui
s’ouvrent à lui, d’inviter plus largement encore des auteurs à présenter
leurs travaux et à débattre sans frontières.
Martine Vidal,
Monique Grandbastien,
Pierre Mœglin
(1) Rédacteur en chef de la revue Asian
Journal of Distance Education. Voir sa biographie à la fin de son
article « Critical assessment for Future Distance Education » dans le
présent numéro.
(2) Certains de ces articles ont été publiés dans de
précédents numéros de Distances et savoirs, et celui d’Yves Ardourel
l’est dans ce numéro-ci.
Dès maintenant, Distances et savoirs vous invite à participer au
séminaire que nous organisons les 10 et 11 décembre 2009, au Cned, pour
fêter ses sept années de publication. Au programme (3) :
- un regard sur notre expérience, avec la participation sur place et à
distance de nos homologues des revues avec lesquelles nous avons
collaboré dès 2006,
- six questions de recherche sur l’enseignement à distance présentées
par autant d’intervenants et commentées par autant de discutants,
- des forums en présence et à distance.
(3) Programme qui sera prochainement à consulter sur
www.cned.fr/ds
Sommaire Volume 6 – n° 4/2008
M. VIDAL, M. GRANDBASTIEN, P. MŒGLIN
Éditorial
F. WION, P. GAGNE
Le tutorat dans la formation à distance. A la recherche d’un modèle adéquat
pour une réalité complexe
B. SASSEVILLE, M. MOREL
L’encadrement en formation à distance (FAD). Le point de vue de l’apprenant
L. PETIT
Enjeux de la conception des ressources pédagogiques numériques dans
l’enseignement supérieur. Le cas de l’Université en ligne (UEL)
Y. ARDOUREL
Rôles et enjeux de la formation à distance dans la lutte contre
l’illettrisme. Le droit à l’éducation pour un public spécifique
E. FICHEZ
Distance et droit à l’éducation. Analyse des contributions en langue
française
P. KAWACHI
Critical assessment for future distance education
C. LISHOU
La Web-TV educative, alternative aux formations de masse dans les
universités africaines
Lecture critique
D. PERAYA
La formation à distance dans les pays du Sud : paroles et témoignages
d’acteurs
Entretien
G. JACQUINOT, J. RODET
t@d et Tutorales, 13 questions
THESOGRAPHIE
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