VOLUME 7, NUMERO 2/2009 : TICE, ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET FORMATION
sous la direction de Caroline Rizza
Comment les établissements d’enseignement supérieur ou de formation
répondent-ils aux attentes des étudiants d’aujourd’hui, qui pour la majorité
ont grandi entourés de technologies numériques ? Telle pourrait être la
question directrice de ce numéro spécial de Distances et Savoirs pour lequel
des intervenants du colloque TICE 2008 – « L’apprenant et ses nouvelles
attentes au cœur des TICE »1 – ont bien voulu développer et apporter à nos
lecteurs les précisions nécessaires concernant les travaux qu’ils ont
présentés en octobre 2008.
Une fois n’est pas coutume, nous commencerons l’éditorial par le premier
entretien de ce numéro. Francesc Pedró, coordonnateur principal du projet «
New Millennium Learners » (NML) mené par le Centre pour la Recherche et
l’Innovation en Education (CERI) de l’Organisation de Coopération et de
Développement Economiques (OCDE) a accepté de se prêter au jeu de nos
questions réponses. Les travaux qu’il mène dans le cadre de ce projet
permettent de comprendre qui est cet apprenant du nouveau millénaire,
quelles sont ses pratiques quotidiennes des technologies numériques et
quelles sont ses attentes en matière d’usages pédagogiques de ces
technologies et envers ses enseignants. Ainsi, cet entretien met-il en
exergue les enjeux et défis auxquels les universités doivent faire face
aujourd’hui pour répondre à ces nouvelles expectatives, déjà nouveaux
besoins ? 2
En s’appuyant sur certains articles et présentations du colloque TICE
2008, ce numéro offre par ailleurs un aperçu très varié des questions de
recherche et des expériences que rencontrent ou mettent en place
l’enseignement supérieur et la formation professionnelle aujourd’hui.
1 . TICE 2008, organisé par l’Institut TELECOM
du 27 au 29 octobre 2008, dans les locaux de TELECOM ParisTech
http://tice2008.institut-telecom.fr/
2 . Cet entretien est suivi d'une abondante bibliographie
assemblée par Francesc Pedró.
La qualité des enseignements et des apprentissages
Ce premier groupement de textes illustre comment la recherche contribue à
améliorer l’enseignement et l’apprentissage en proposant des modèles ou des
solutions techniques pour accompagner les acteurs de la formation dans leurs
pratiques de ces nouvelles technologies, « nouvelles » puisque toujours plus
évolutives et malléables. Ainsi, Sandrine Descamps, Bruno De Lièvre et
Christian Depover s’interrogent sur la performance des apprenants au regard
des scénarios pédagogiques et d’encadrement proposés. Tandis que
Pierre-André Caron et Renata Varga traitent de la difficulté d’appropriation
des dispositifs malléables relevant des technologies web 2.0 et proposent
une approche modélisée pour aider l’utilisateur final à utiliser ce type de
technologies à des fins pédagogiques.
La baladodiffusion à l’université : enjeux et expérimentations
Autre technologie du web 2.0, la baladodiffusion fait son entrée dans les
pratiques pédagogiques de l’enseignement supérieur pour répondre aux enjeux
de l’institution ou aux besoins et attentes de ses acteurs.
Le deuxième groupement de textes présente donc trois expériences de
déploiement de la baladodiffusion dans l’enseignement supérieur. La richesse
et l’intérêt de ce groupement résident à la fois dans la diversité des
enjeux, des contextes et des moyens utilisés ainsi que dans la
complémentarité des analyses que chacun propose.
Dans le souci d’exploiter toutes ses potentialités pédagogiques, Gaëtan
Temperman et Bruno De Lièvre présentent une démarche de scénarisation
destinée aux enseignants de l’Université de Mons (Belgique) qui leur permet
d’intégrer la baladodiffusion dans les apprentissages.
Le retour d’expérience de Martin Richard, Thi Thu Ha Tran et Annie Jézégou,
vient illustrer cette démarche. Dans le contexte institutionnel de l’Ecole
des Mines de Nantes visant à la promotion de la pédagogie active, un groupe
de neuf étudiants s’est vu proposé un scénario d’apprentissage intégrant la
baladodiffusion en remplacement de certains cours.
Le troisième article se situe à une autre échelle. Sarah Lemarchand et Katia
Oliver présentent en effet l’expérimentation de l’usage de l’enregistrement
et de la baladodiffusion des cours mise en place par et au sein du réseau
des grandes écoles de ParisTech en 2007 dans une perspective de recrutement
des étudiants à l’international.
Les TICE et les apprenants à l’international
La question de l’international et de l’interculturel est au cœur de ce
troisième groupement de textes. Comment dans le contexte actuel de mobilité
des étudiants à l’international, les TIC constituent-elles un moyen
privilégié pour préparer ceux-ci et leur permettre de mieux appréhender la
culture et les habitudes du pays dans lequel ils vont étudier ?
L’intérêt des projets PADEN et EUROMOBIL réside dans la prise en
considération du besoin de ces étudiants et des difficultés qu’ils
rencontrent lors de leurs études à l’étranger, chacun des dispositifs de
formation étant centré sur l’apprenant.
Le projet « Cross Cultural connections » repose quant à lui sur un
dispositif de formation visant à la pratique des langues anglaise et
française et à une co-compréhension interculturelle des étudiants américains
et français. Le dispositif mobilise un ensemble de technologies synchrones
afin de favoriser les échanges entre les deux groupes d’élèves et une
approche comparative des pratiques culturelles.
L’innovation, relativité et applications
Ces deux derniers textes rappellent que l’innovation pédagogique ne va
pas de soi, quelles que soient les motivations qui ont conduit à faire le
choix de l’utilisation des TIC ou d’un dispositif de formation à distance.
D’une part, l’étude de cas menée par Isabelle Cailleau et Manuel Majada
décrit un dispositif de formation ouverte et à distance modeste en termes
d’innovation technologique et d’innovation pédagogique (méthode expositive)
mais en adéquation au contexte et aux caractéristiques du public visé : des
médecins généraliste du Maghreb.
D’autre part, l’analyse développée par Bruno Poelhubert, Martine Chomienne
et Catherine Allen concernant la mise en réseau des Collèges d’enseignement
général et professionnel (Cégep), pour faire face au déficit d’inscription,
montre comment la télécollaboration s’est limitée aux « leaders » de chacun
des projets alors que l’expérience visait l’ensemble des enseignants des
départements impliqués.
Alors que nous avons ouvert notre propos en présentant les travaux d’un
expert des apprenants du nouveau millénaire, nous terminons cet éditorial en
évoquant l’entretien avec Jacques Bahry, président du Forum Français de
Formation Ouverte et à Distance (FFFOD) et Directeur Général du Centre
d’Etudes Supérieures Industrielles (CESI). Expert de la formation des
adultes, Jacques Bahry nous fait part de son expérience et des enjeux et
défis que constituent les technologies éducatives et la formation à distance
pour la formation professionnelle et des adultes.
Finalement, que nous soyons « digital natives » ou « digital immigrants »,
chercheurs, enseignants ou praticiens, ce numéro de Distances et Savoirs
nous invite à appréhender les technologies numériques dans leurs multiples
potentialités sans en ignorer les limites afin que nos réflexions et nos
pratiques préparent et répondent aux enjeux et défis de l’enseignement
supérieur et de la formation de demain.
CAROLINE RIZZA
TELECOM ParisTech |