Apprendre dans un monde hyperconnecté, le regard éclairé d’une orthopédagogue

Équipé éditoriale Cned

18/02/2026

Comment rester concentré à l’ère du scroll et des notifications permanentes ?

Nous évoluons aujourd’hui dans un environnement qui sollicite en permanence l’attention des apprenants. Au Cned, cette réalité est d’autant plus marquée que les apprentissages se déroulent entièrement à distance, à travers des écrans. 

Il y a quelques semaines, le Cned consacrait un épisode de son podcast Perspectives à cette question centrale. Pour prolonger la réflexion, rencontre avec Marlène Richaud, orthopédagogue et responsable de formation au Cned, qui décrypte les enjeux de l’attention et partage des pistes concrètes pour mieux apprendre dans un monde hyperconnecté.

Un quotidien de plus en plus fragmenté

Notifications de messagerie, réseaux sociaux, jeux en ligne ou plateformes de streaming, le quotidien numérique des apprenants est jalonné de sollicitations conçues pour capter et retenir l’attention le plus longtemps possible. Les algorithmes recommandent en continu des contenus personnalisés, créant un véritable déluge d’images et de sons.

Cette surabondance fragmente l’attention, encourage le multitâche et rend plus coûteux l’effort de concentration prolongée nécessaire aux apprentissages scolaires.

Pour Marlène Richaud, le problème n’est pas tant une diminution des capacités attentionnelles qu’un changement de l’environnement : Les capacités attentionnelles n’ont pas forcément diminué, mais elles sont constamment sollicitées par un environnement hyperconnecté. Cela impose de développer de véritables compétences d’auto-régulation attentionnelle chez les apprenants.

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Les principaux freins à l’apprentissage aujourd’hui

Selon Marlène Richaud, les obstacles à l’apprentissage sont étroitement liés à notre mode de vie et à la façon dont nous interagissons avec les outils numériques.

La surcharge attentionnelle et l’hyperconnexion

Nous vivons dans un environnement qui capte notre attention en permanence : notifications, multitâche, flux d’informations continus.

Cette sollicitation constante fatigue le contrôle inhibiteur et rend plus difficile la concentration, pourtant indispensable pour apprendre efficacement.

Le manque de stratégies d’apprentissage

De nombreux apprenants ne disposent pas d’outils méthodologiques solides : stratégies de mémorisation, organisation du travail, auto-évaluation. Ils s’appuient alors sur des méthodes intuitives mais peu efficaces, ce qui freine les progrès et peut générer découragement et perte de confiance.

Une motivation fragile

L’apprentissage nécessite du sens, des objectifs clairs et des retours sur sa progression. Or la perte de sens, la pression ou la comparaison permanente fragilisent l’engagement et la persévérance.

Le poids des émotions

Stress, peur de l’échec ou manque de confiance en soi peuvent occuper une place importante et bloquer les apprentissages. À l’inverse, un climat émotionnel sécurisant favorise la disponibilité cognitive et l’entrée dans les apprentissages.

Distractions numériques et apprentissages à distance : un défi majeur

À distance, les distractions numériques ont un impact particulièrement fort, car elles se trouvent exactement dans le même espace que celui de l’apprentissage : ordinateur, smartphone, onglets ouverts.

Les notifications, les messages, les réseaux sociaux ou le simple fait de savoir qu’ils sont accessibles en un clic sollicitent le contrôle inhibiteur en permanence. Cela fragmente l’attention, augmente la charge cognitive et diminue la qualité de la mémorisation.

À chaque interruption, le cerveau met du temps à revenir à la tâche initiale, ce qui fait chuter l’efficacité du travail.

Le multitâche, souvent perçu comme un gain de temps, est en réalité une illusion d’efficacité. Les recherches montrent qu’il dégrade la compréhension, la mémorisation et le transfert des connaissances. Le cerveau alterne rapidement d’une tâche à l’autre, générant fatigue et baisse de performance.

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Autonomie fragilisée et risque de décrochage

Apprendre à distance exige déjà une forte capacité d’autorégulation. Les distractions numériques amplifient cette difficulté : l’apprenant doit à la fois comprendre, rester engagé et résister aux tentations.

Cette mobilisation permanente de ressources cognitives peut, à terme, se faire au détriment de l’apprentissage lui-même. À force d’être interrompu, de perdre le fil ou de ne pas percevoir de progression, l’étudiant peut se démotiver. L’attention se fragmente, l’apprentissage perd en fluidité et en sens, et le risque de décrochage augmente.

La réponse du Cned pour accompagner les apprenants

Pour répondre à ces enjeux, le Cned met en place plusieurs dispositifs d’accompagnement. Pour certains étudiants présentant des difficultés d’apprentissage plus marquées, notamment liées à des troubles des apprentissages, un suivi individualisé peut être proposé.

J’organise avec eux des temps d’échanges réguliers, par téléphone ou en visio, afin de faire le point sur les difficultés rencontrées et de trouver ensemble des moyens de compensation.

La plateforme d’apprentissage du Cned met également à disposition de nombreux outils : vidéos et supports écrits sur le fonctionnement de la mémoire, l’organisation du travail, plannings types pour structurer les apprentissages, tutorats pédagogiques et forums d’échange entre pairs.

Apprendre à distance : structurer son environnement pour mieux se concentrer

Travailler à distance implique une grande autonomie. Pour éviter les distractions, la première étape consiste à en prendre conscience : Il n’y a pas que les distractions numériques : la famille, les préoccupations du quotidien, les tâches à accomplir peuvent aussi interrompre le travail.

Pour y faire face, Marlène Richaud s’appuie sur la métaphore d’Ulysse, popularisée par le psychologue Yves-Alexandre Thalmann :

Ulysse se fait attacher au mât de son bateau pour ne pas céder à l’appel des sirènes. Il sait qu’il ne pourra pas résister, alors il anticipe et met en place une stratégie.

Ces « pactes d’Ulysse » consistent à organiser son environnement à l’avance pour ne pas avoir à lutter au moment de la tentation. Concrètement, cela peut passer par :

  • mettre son téléphone hors de la pièce,
  • utiliser des applications de verrouillage temporaire des réseaux sociaux,
  • instaurer des routines de travail en mode plein écran.

Ce n’est plus la volonté qui lutte, mais l’environnement que l’on a structuré pour se protéger.

Enfin, définir ses priorités et planifier ses tâches quotidiennes permet de rester focalisé. Lorsque les objectifs sont clairs, définis et cadrés dans le temps, il devient plus facile d’éviter la dispersion et de maintenir une attention de qualité.

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